E.S.A.P

Ecole Supérieur d’Agriculture

de Purpan

Toulouse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES AGRICULTEURS ET

LES CAMPAGNARDS NE SONT PAS DES " PEQUENAUDS "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

HILAIRE Eve

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

86ème Promotion Octobre 2002

1ère Année Fondamentale

 

 

 

 

 TABLE DES MATIERES

Résumé *

 

INTRODUCTION *

1 - Le milieu rural a évolué *

1.1 - L’agriculteur n’est plus le paysan d’autrefois *

a) Le métier a évolué *

b) L’agriculteur a évolué en tant qu’homme *

1.2 - Une évolution et un grand dynamisme des populations rurales *

2 - Pourquoi une telle incompréhension de la population rurale de la part les citadins ? *

2.1 - Les causes historiques *

2.2 - Des responsabilités partagées *

a) Les ruraux en cause *

b) Les responsabilités extérieures *

3 - Quelles solutions pour rétablir une meilleure communication ? *

CONCLUSION *

BIBLIOGRAPHIE *

 

Résumé

Depuis presque deux siècles, les agriculteurs et les campagnards sont méprisés par les citadins. L’image retransmise d’eux par les médias et conservée par nostalgie par les citadins est celle d’hommes et de femmes peu développés socialement et culturellement. Or, ce n’est pas du tout le cas. Ce sont des populations dynamiques qui, même si certains refusent d’y croire, évoluent au même rythme que les citadins. Malheureusement, elles ne le font sans doute pas assez savoir et c’est pour cela que chacun d’entre nous doit essayer, qu’il soit citadin ou campagnard, d’aller voir par lui même en quoi consiste les différents mode de vie l’entourant et de propager ensuite son savoir. Ceci doit être fait objectivement et sans caricature, ce que semblent incapables de faire les médias dont nous devons absolument nous affranchir.

INTRODUCTION

Il est un mythe disant que certaines catégories de personnes mépriseraient les populations rurales ainsi que leurs représentants emblématiques, les agriculteurs. Ceci est faux : ce n’est pas un mythe mais une réalité. J’ai pu moi-même, fille d’agriculteur, en faire les frais lorsqu’un jeune parisien m’a demandé si je n’en avais pas marre de rester sans cesse avec des paysans, des " beaufs " pour reprendre ses termes. Il m’a donc semblé nécessaire de mettre les choses au clair et de dire une fois de plus que les agriculteurs et les campagnards ne sont pas des " péquenauds " !

Pour cela, nous étudierons en premier lieu l’évolution des agriculteurs, aussi bien au niveau technique qu’humain, puis nous remarquerons que les populations rurales sont beaucoup plus dynamiques que ce qu’on nous laisse entendre. Dans un second temps nous verrons le pourquoi d’un tel mépris des ruraux ainsi que les principaux responsables, à savoir les citadins eux-mêmes et les médias. Enfin, nous verrons quelles solutions apportées à cette incompréhension entre les milieux ruraux et citadins.

  1. Le milieu rural a évolué
    1. L’agriculteur n’est plus le paysan d’autrefois

  1. Le métier a évolué
  2. Mais où sont passés les paysans ? Ces hommes en sabots, en chemise a carreaux, les bretelles retenant leurs pantalons trop grands, le béret sur l’oreille et la fourche à la main semblent avoir déserter nos campagnes. Erreur, les paysans sont toujours là. Mais comme tout un chacun, eux aussi ont évolué. Loin derrière nous les bœufs traînant la charrue et les moissons a la faux ! Il paraît logique que, chaque secteur ayant connu une évolution, le travail agricole se soit lui aussi modernisé.

    Ceci commence par la formation de l’agriculteur. Autrefois, la ferme était une exploitation familiale où l’on travaillait de père en fils, de mère en fille, de génération en génération. Nul besoin d’étude, l’apprentissage se faisait de lui même dès la plus tendre enfance.

    De nos jours les choses sont bien différentes. Pour s’installer agriculteur et bénéficier des aides, il faut passer un BEPA (Brevet d’Etudes Professionnelles Agricoles) suivi de stages de formation, ou un bac agricole. Ensuite, il est possible de s’orienter vers un BTSA (Brevet de Technicien Supérieur en Agriculture) ou des études d’ingénieur. Il n’est donc plus donné à tout le monde d’exercer cette profession requérant de multiples compétences : connaissance du milieu agricole, maîtrise de la gestion d’une entreprise, à quoi vient maintenant s’ajouter tout ce qui attrait à la génétique. En effet, grâce aux progrès de la science, l’agriculteur ne compte par exemple plus uniquement sur la qualité des prairies où pâturent ses bêtes pour optimiser leur rendement en viande. L’agriculteur est un homme évoluant avec son temps. Il aura donc recours à la génétique au moment, par exemple, de l’insémination de ses bêtes. Pour choisir les paillettes, il recherchera le mâle possédant les caractères qui s’associeront le mieux avec ceux de la femelles, de manière à obtenir une descendance toujours plus performante. Il en est de même avec les cultures : l’exploitant croisera différentes espèces dans le but d’en obtenir une nouvelle regroupant les qualités principales des premières.

    Nous pouvons donc constater que les moyens techniques utilisés par les agriculteurs sont bien plus performants que ceux qui étaient en leur possession il y a de cela quelques décennies. L’agriculteur a donc évolué en même temps que la science et est à la pointe des services qu’elle peut lui offrir.

    Toutes les nouvelles techniques ont eu pour conséquence de faciliter l’exploitation des fermes. En effet, de gros progrès ont également été réalisés sur les machines agricoles (tracteurs plus performants, attelages plus efficaces, agencement des bâtiments optimisé, …). Ceci a par conséquent permis à chaque agriculteur, grâce au gain de temps apporté, d’étendre son secteur d’activité ou de s’y spécialiser encore plus. On pourrait alors assimiler ces derniers à des hommes d’affaires s’occupant de diverses tâches simultanément.

    Le terme d’ " hommes d’affaires " peut faire sourire, mais il n’est pourtant pas si inadapté qu’on le penserait ; chaque exploitation se diversifiant, sa gestion sur le plan comptable et administratif n’en devient que plus complexe. Il ne faut donc pas non pus négliger le coté financier du métier.

    Cette évolution de la profession se remarque également dans l’étymologie de sa dénomination : on est parti du " paysan ", celui qui travaillait les champs, pour passer à l’ " agriculteur " puis à l’ " exploitant agricole ". On emploie même parfois aujourd’hui le terme d’ " agri-manageur ".

    Il est alors facile de se dire que, certes les agriculteurs ont évolué techniquement, mais cela au détriment de l’environnement. Il est bien connu que les paysans sont de " gros pollueurs ". Les données affirment qu’ils consomment 8000 tonnes de pesticides par an ! N’importe qui trouverait cette quantité énorme… Enfin, n’importe qui ne sachant pas que 8000 tonnes, ce n’est que 7% des produits phytosanitaires vendus en France. Il faudrait donc revoir nos notions de " gros pollueurs " et s’intéresser plutôt aux " jardiniers du dimanche " qui semblent avoir la main un peu lourde sur ces produits (ils sont à eux seuls responsables de 25% de la pollution des eaux) plutôt que de vouloir sans cesse imputer toutes les misères du monde aux agriculteurs. De plus, quel intérêt auraient ils à polluer leur milieu et même mieux, leur outil de travail ? Ils essaient au contraire de le protéger.

    Enfin, bien qu’il soit dit tout et n’importe quoi sur la profession, agriculteur reste un métier indispensable à l’heure d’aujourd’hui et il est peu probable que nous puissions nous en dispenser un jour. Sans agriculteurs, nous n’aurions aucun moyen de cultiver les fruits et légumes, d’élever les animaux destinés à l’alimentation et nous n’en sommes pas encore au point de voir arriver une alimentation à 100% chimique. Il en est de même pour les produits dérivés de l’agriculture qui verraient disparaître leurs matières premières. Il est donc résolument certain que l’agriculture, et par conséquent l’agriculteur, sont absolument nécessaire à notre vie et à l’entretien de la nature. Mais malgré tous les progrès techniques évoqués, cela reste un métier dur physiquement et moralement. Les contraintes qu’il engendre (pas ou peu de vacances, une vie familiales assez difficile, …) en découragent bon nombre. Les prochaines innovations dans le métier seront peut être tournées dans l’objectif de palier à ces inconvénients, mais pour l’heure actuelle, les agriculteurs se doivent d’être travailleurs et courageux, ce qui ne sont, pour moi, par les caractéristiques de personnes tendant à attirer le mépris sur elles. Après ça, que des personnes les méprisent parce qu’elles estiment absurde de travailler autant quand on peut avoir la possibilité de se trouver un travail aux 35 heures… Je ne sais trop quoi leur répondre si ce n’est que ce n’est peut être pas plus stupide de faire un métier qui plaît et dans lequel on sait qu’on se rend utile, quitte à faire quelques sacrifices, plutôt que d’exercer une profession qui certes apporte des avantages mais dans laquelle on ne se plaît pas du tout. Et puis de toute manière " quand on aime, on ne compte pas " !

  3. L’agriculteur a évolué en tant qu’homme

Les progrès techniques ne constituent pas à eux seuls l’évolution des agriculteurs. Il faut également considérer leur évolution sociale et culturelle.

Il y a en effet quelques dizaines d’années, les réseaux de communication n’étaient pas ce qu’ils sont actuellement. Les campagnes étaient donc un peu coupées du monde et les agriculteurs n’avaient ni le temps ni les moyens de se tenir au courant de la vie extérieure. Aujourd’hui encore, certains gardent d’eux cette vision d’hommes repliés dans leur campagne, dépourvus d’éducation, à l’écart de la civilisation. Ce ne sont là que fabulations et délires nostalgiques. Les agriculteurs ne sont plus des hommes à part et sont de nos jours parfaitement intégrés dans la société.

De plus, l’agriculteur d’aujourd’hui n’est plus un simple travailleur aux champs. Il doit gérer son exploitation financièrement et administrativement. En effet, une grosse partie du revenu des agriculteurs provient des aides PAC. Pour optimiser ces dernières, ils doivent donc développer un résonnement de plus en plus complexe et avoir une capacité d’analyse toujours plus pointue. Cela montre donc l’importance croissante des capacités intellectuelles de l’agriculteur dans sa profession. Il est également évident que cette capacité d’analyse ne peut se faire sans une connaissance de la situation générale de l’agriculture. Ils se doivent d’être capables d’analyser la totalité de la filière agricole de l’amont (les fournisseurs) vers l’aval (transformateurs de produits, distribution et commerce en général). En effet, leur vision du monde s’est premièrement évadée du milieu restreint de leur exploitation pour s’étendre vers les villes. C’est en effet là que se déroulent les activités industrielles, indispensables à l’agriculture d’aujourd’hui. Mais à l’heure actuelle, ils ne se cantonnent plus aux relations avec le milieu citadin, même au niveau national ; leur action s’étend sur un plan d’abord européen mais aussi intercontinental. Ceci demande donc une certaine ouverture d’esprit car il faut pouvoir s’adapter aux demandes de chacun, si diverses soient elles.

D’autre part, nous avons pu voir précédemment que le niveau scolaire des agriculteurs est plus élevé que celui des générations précédentes. Cet accès à l’éducation constitue un facteur non négligeable de leur évolution sociale et culturelle. Ils ont aujourd’hui les mêmes capacités de compréhension du monde qui nous entoure et les mêmes facilités pour s’y intégrer que n’importe qui ayant suivi un cursus scolaire traditionnel, à savoir, de nos jours, la majeure partie de la population.

Nous pouvons également constater que de plus en plus d’exploitants se marient avec des non exploitantes ayant des activités professionnelles hors milieu agricole. C’est donc qu’il a fallu que ceux-ci s’ouvrent sur un milieu social différent du leur. Il en est de même pour les nouveaux exploitants ne provenant pas du milieu agricole et s’installant actuellement. Tout ceci enrichit socialement et culturellement les hommes qui entretiennent ainsi plus facilement des relations avec l’extérieur.

Il faut donc bannir de nos esprits la vision de paysans arriérés et enclavés dans leur milieu.

    1. Une évolution et un grand dynamisme des populations rurales

Nombre de personnes peu au courant de l’état actuel des choses se demanderont quelle est la différence entre " agriculteurs " et " population rurale ". Il faut savoir qu’aujourd’hui, le nombre des exploitants agricoles est en chute libre (en France 2,7 millions il y a trente ans, seulement 885000 l’an dernier) et qu’ils ne représentent plus qu’une minorité dans les campagnes. Or, beaucoup ne sachant pas cela et ayant, à tort, une opinion négative du monde agricole, méprisent également les populations rurales. Ils les imaginent passives, inactives, rustres et, tout comme les paysans, arriérées. Or, cela n’est pas du tout le cas.

Il est évidemment plus simple de s’intégrer en campagne qu’en ville. En effet, le fait qu’il y ait moins de personnes et plus d’espace permet de garder plus facilement sa part d’intimité tout en liant des connaissances avec les personnes du village. Il ne sera donc pas rare de voir une commune où la quasi totalité des habitants se connaîtra. Ceci est un facteur important du dynamisme collectif des campagnes.

D’autre part, les espaces ruraux semblent de plus en plus attirer des personnes issues du milieu urbain. Ces arrivées de nouveaux habitants, avec tout ce qu’elles apportent au niveau culturel, donnent encore plus de vitalité aux actions rurales. Et " un terroir [donnant] envie lorsqu’il est en vie ", cette évolution du dynamisme des campagnes attire de nouveaux habitants qui, à leur tour, les rendent encore plus vivantes, etc…

Ceci traduit également l’évolution de la composition de la population rurale. Elle n’est aujourd’hui plus uniquement constituée, comme nous l’avons dit, de paysans , mais elle se compose d’une multitude de classes : certes des paysans, mais aussi des personnes simplement provenant du milieu paysan et ayant une activité non agricole et, depuis quelques temps, des classes issues du milieu citadin. Cette population est marquée par sa forte mobilité, à toutes les échelles. Tout d’abord, une mobilité due à la situation professionnelle : de nombreuses personnes habitent à la campagne pour profiter du cadre de vie qu’elle apporte, mais exercent leur activité professionnelle en ville. Ensuite, une mobilité pour accéder à de multiples services ne se trouvant qu’en ville comme les banques, les supermarchés, etc... Enfin, nous remarquons une mobilité, mais cette fois, à l’échelle d’une vie : certains passent leur enfance à la campagne, puis partent étudier et travailler en ville pour finalement revenir en milieu rural à la retraite. La nouvelle composition de la population rurale et sa mobilité lui assure sans aucun doute une évolution dynamique croissante, au même rythme que celle des villes puisqu’elles entretiennent un lien constant entre elles. On constate d’ailleurs de moins en moins de différence entre ces deux populations.

Notons également qu’aujourd’hui une des grosses activités du milieu rural est le tourisme. Les campagnes se sont donc adaptées en construisant des infrastructures et en développant leurs activités pour offrir les servies demandés. Nous avons alors pu voir fleurir les gîtes ruraux, les chambres d’hôtes accompagnées de restaurants, d’épiceries et tout ce qui a pu donner encore un peu plus de vie aux communes.

Nous pouvons alors dire que les habitants des campagnes ne sont pas, comme certains le pensent, " hors norme ". Chacun étant différent et aspirant à un idéal de vie particulier, pouvons nous réellement définir des " normes " de mode de vie ? Il est évident que non. Les villes ont pourtant tenté d’en imposer en gommant les différences et en uniformisant leurs habitants. Ce phénomène n’est heureusement pas arrivé jusqu’aux campagnes, ce qui fait peut-être penser à certains esprits citadins que les gens y habitant ne sont par conséquent pas comme eux. Or les ruraux sont constitués physiquement et mentalement à 100% comme les citadins et ne diffèrent de ceux-ci que par l’envie de respirer un air pur et de vivre au calme. Il faudrait donc faire évoluer les mentalités de certains et arrêter de les considérer comme des " fossiles vivants ", des hommes et des femmes ayant traversé les siècles sans évoluer.

Malheureusement, bien que les agriculteurs et les ruraux se soient maintenant parfaitement intégrés dans la société actuelle, les vieilles incompréhensions demeurent tout de même.

 

  1. Pourquoi une telle incompréhension de la population rurale de la part les citadins ?
    1. Les causes historiques
    2. Nous pouvons remonter il y a environ un siècle et demi de cela pour rechercher les début du mépris des ruraux, et en particulier des paysans. Des hommes politiques, apparemment haut placés, dont je n’ai pu retrouver les noms qui étaient tus par respect pour eux, déclaraient dès 1850 : " La classe paysanne, celle qui représente la barbarie au sein de la civilisation " et " Il faut avoir connu les paysans français de cette année 1848 pour se rendre compte de toute la force de leur incurable stupidité ". Ceci " s’explique " par le fait que, dès 1850 et cela pendant un siècle, les milieux ruraux furent frappés par l’exode rural, conséquence de la révolution industrielle. La population ne résista pas à l’attraction des villes et aux multiples possibilités d’enrichissement qu’elles présentaient. Ce brusque changement donna alors une malheureuse image des campagnes comme lieux archaïques habités par des " arriérés " fermés à toute évolution. Se développa alors toute une série de termes dévalorisants, connus par tous aujourd’hui : " péchenauds ", " bouseux ", " ploucs ", " pedzouilles ", " cul-terreux ", " pignouf " et j’en passe.

      D’un autre coté, certains gardèrent de la campagne l’image d’un lieu sain, préservé des vices de la ville. Soit une image idyllique, mais elle aussi erronée.

    3. Des responsabilités partagées

  1. Les ruraux en cause
  2. Il est évident que les citadins en portant les jugements hâtifs exposés précédemment n’ont pas attiré sur eux la sympathie des ruraux. Ceux-ci les ont alors méprisés à leur tour, se moquant de leur ignorance vis à vis des choses de la campagne. Ils leur reprochèrent leurs grands airs, leur trop grande sensibilité face aux odeurs, bref, tout ce qu’ils trouvaient futilité et tout ce qui culturellement les séparaient. Les " parigots " ont firent alors leur apparition face aux " bouseux ". Or, soyons objectifs : il est certes certain qu’un citadin à la campagne aura énormément de chose à apprendre, mais il en est de même pour un rural en ville. Le point qui a semble-t-il été ici oublié est que la différence, en général, nous enrichit ; elle n’est pas là pour nous séparer.

    Les ruraux n’ont donc pas mis en avant l’ouverture d’esprit qu’ils possèdent pourtant. Peut-être que s’ils n’avaient pas été jugés au départ par les citadins, les choses se seraient passées différemment.

  3. Les responsabilités extérieures

Les citadins auraient tendance à entretenir une image nostalgique et idéalisée de la campagne, lieu de traditions, de pureté. Il la voie peuplée de paysans, les joues rougies par le soleil et le vin du dimanche, habitants de petites fermes modestes ou courent canards, poules et cochons. Il ne faut pas non plus oublier les vaches pâturant dans un beau près de pâquerettes. D’autre en ont une vision moins romantique mais tout aussi archaïque où le fermier et sa fermière seraient toutes la journée les pieds dans le fumier, vivraient de très peu, un peu de pain et des patates, et qui seraient bien gentils mais à qui il ne faudrait quand même pas trop en demander. Ne serait-ce pas là l’illustration d’un petit complexe de supériorité de la part des citadins ? Ceci est envisageable à notre époque où tout ce qui concerne l’industrie et les nouvelles technologies se trouve principalement en ville. Mais je pense surtout que, comme nous l’avons dit, les citadins ont besoin de racines. Cette vision leur permet de s’évader un peu de la tristesse de leur quotidien en s’imaginant des ancêtres aux rites pittoresques, eux qui n’ont l’impression de ne plus posséder maintenant que comme tradition le repas hebdomadaire au " Mc Do ".

Mais d’autre part, certains ont une opinion très négative des ruraux, en particulier des agriculteurs, spécialement à cause de la pollution qu’ils engendrent. Or, les agriculteurs sont obligés de s’adapter au système qu’on leur impose et c’est aujourd’hui le jeu des subventions qui les amène à ces pratiques peu respectueuses de l’environnement. Nous pouvons au passage tout de même rappeler que certes les agriculteurs polluent, mais que ce n’est rien comparé à ce que chacun d’entre nous utilise comme engrais chimique pour notre petit jardin personnel. Mais essayons quand même de comprendre ceux qui s’attaquent aux agriculteurs. Il est plus aisé de prendre pour critique le corps de métier plutôt que le système qui est responsable de ses pratiques. J’émettrai en revanche de grands doutes quant à l’efficacité des propos tenus face à cette cible. Tant que les règles des subventions n’auront pas changées, les agriculteurs ne pourront faire autrement que ce qu’ils font actuellement à moins d’investir d’énormes sommes qu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir un jour rentabiliser. Ce ne sont donc certainement pas les critiques futiles des citadins qui risquent de faire changer les choses. Or, nous sommes dans une démocratie et le fait de s’attaquer au système lui-même aurait certainement plus de répercussions.

Mais ne nous leurrons pas. Les citadins n’ont pas puisées ces représentations caricaturales au fin fond de leur imagination. Ils se sont certes basés sur les paysans d’autrefois, mais les médias qui entretiennent cette image archaïque des ruraux y sont pour beaucoup.

Quelle image nous renvoient les médias des ruraux ? Ils en existent deux principales. Une première montre les agriculteurs, symboles des campagnes, comme des personnes barbares et violentes, incendiant des bâtiments publics, dévastant des champs d’OGM, déversant leurs produits dans la rue en signe de mécontentement. Une autre montre les ruraux comme des personnes attachées à leur patrimoine, peu (ou pas) évoluées sur le plan technique, possédant une culture inchangée depuis des siècles. Avec tout cela, comment une personne ne connaissant rien au monde rural peut elle imaginer qu’en réalité, les campagnards lui sont quasiment identiques en tout point ? Ils ont effectivement une culture différente, mais aujourd’hui leur mode de vie est assimilable à celui des citadins.

Les médias ne font que relater toutes les catastrophes touchant le milieu. Si au moins ils le faisaient de manière objective, nous aurions une vision exacte des réalités de la campagne. Mais ce n’est même pas le cas. Prenons un exemple frappant : la crise de la vache folle. Les médias ont monté ça en épingle et nous en ont gavés pendant plusieurs semaines d’affilées. Il était certes important d’avertir la population, mais une image s’est développée des " agriculteurs businessmen ", ne pensant qu’au profit et abandonnant toutes les valeurs qu’on leur connaissait jusque là. En voilà l’illustration parfaite trouvée sur un site prônant le végétarisme, www.mutation-radicales.org : " La contamination des vaches serait due à leur alimentation "dopée" aux farines animales, elles mêmes contaminées par... A force de vouloir augmenter la surproduction de lait et de viande, les exploiteurs agricoles ont transformé les paisibles boeufs en poison mortel. ". Rien à dire au niveau des médias : ils ont assuré l’audimat. Mais leurs informations étaient erronées, incomplètes et ne reflétaient en rien la réalité de la situation. Qui a parlé des poulets qui, comme les vaches, mangent des farines animales ? Des poissons qui à leur tour retrouvent ces mêmes poulets dans leur alimentation ? Et surtout, qui a parlé des agriculteurs trompés par leurs fournisseurs, vivant dans l’angoisse de voir l’épidémie se développer dans leur troupeau alors qu’ils avaient fait attention aux aliments qu’ils leur donnaient ? Personne. Les médias font voir ce qu’ils veulent, c’est-à-dire ce qui fait de l’audience. Ce ne devait pas être le cas de la réalité à cette époque là.

Un autre facteur de la propagation d’une image erronée de la campagne est sans aucun doute la pub. On y voit toujours les ruraux habillés comme il y a un siècle, avec un accent à coucher dehors et pas toujours très évolués culturellement. Considérons l’exemple de la pub pour " la brique de Président ". Le dernier intervenant semble être un pauvre " benêt " qui n’ose même pas regarder la caméra, portant un béret gris et une chemise a carreaux. La représentation type et caricaturale du campagnard. Mais apparemment cela doit faire vendre puisque ces images se multiplient dans les divers spots publicitaires qui, malheureusement, ont de plus en plus d’influence dans une société de consommation comme la notre. Peut-être que si les publicitaire se rendaient compte qu’il perdent leur crédibilité face à toute une partie de la population, nous pourrions constater une évolution. Mais malheureusement, cela ne semble pas être à l’ordre du jour.

  1. Quelles solutions pour rétablir une meilleure communication ?

Une chose est essentielle : il faut trouver un autre intermédiaire que les médias entre les ruraux et les citadins. Cette image fausse doit cesser d’être transmise. Il faudrait plutôt utiliser un lien plus proche de chacun. Les campagnards devraient commencer à parler à leurs amis, leur expliquer ce qu’est vraiment la vie à la campagne. Mais il serait nécessaire de ne pas l’idéaliser. Certes elle est saine, dynamique et calme à la fois mais elle présente certains inconvénients comme l’éloignement des services par exemple, mais ce n’est pas pour cela que les ruraux vivent à l’écart du monde. Ceci est un travail à réaliser par chacun. A la fois les ruraux qui se doivent de l’expliquer mais aussi les citadins qui doivent faire un effort pour l’écouter et essayer de le comprendre. Je pense que ceci serait plus efficace que de tenter d’exposer clairement les choses aux grandes associations, comme par exemple les associations écologistes, qui ont des idées bien trop arrêtées et qui y sont beaucoup trop investies pour se permettre la plus petite ouverture d’esprit ou le recul nécessaire pour voir les choses d’un point de vue différent.

Mais il existe différentes associations. Certaines, beaucoup plus modestes, s’investissent en revanche dans l’élaboration de nouveaux contacts entre citadins et ruraux. En effet, la communication ne pourra se rétablir que si les deux milieux trouvent des terrains où se rencontrer. Pour cela, elles organisent des actions de découverte de la campagne par les citadins et de découverte de la ville par les ruraux. Elles montent également des spectacles où les acteurs viennent des deux milieux et peuvent par conséquent s’enrichir mutuellement de leurs deux cultures et constater que, finalement, ils ne sont pas si différents que ce qu’on a tenter de leur faire croire.

Enfin, il faut que les agriculteurs continuent à expliquer ce qu’est leur métier au moyen de manifestations comme par exemple le salon de l’agriculture. Il ne faut pas qu’ils attendent que les citadins viennent à eux, mais qu’ils fassent le premier pas. Eux seuls savent en quoi consiste exactement ce métier et le milieu dans lequel il évolue. Ils sont donc les mieux placés pour l’exposer à ceux qui en ont jusque là eu une image erronée.

CONCLUSION

Finalement, nous avons pu voir que malgré tous les préjugés dont sont victimes les populations rurales, celles-ci restent très dynamiques et largement aussi évoluées que celles des villes. Les agriculteurs, leurs représentant emblématiques ne sont pas non plus comme le quotidien tendrait à nous les montrer. Ce sont aujourd’hui de vrais professionnels exerçant un métier aux multiples facettes : c’est un métier à la fois très technique mais aussi demandant certaines compétences particulière dans le domaine de la gestion. L’agriculteur a également évolué en tant qu’homme. Il s’est adapté à la culture et à la société actuelle grâce à son ouverture d’esprit sur un monde dans lequel il a d’ailleurs réussi à parfaitement s’intégrer.

Malheureusement, ceci n’est pas perçu par l’opinion générale. Premièrement à cause des populations rurales qui n’ont peut-être pas fait assez d’efforts pour se tourner vers les citadins, mais aussi par le monde extérieur, en particulier les médias, qui tend à cultiver cette image d’un milieu rural arriéré.

Il va donc falloir que chacun s’investisse dans ce nouveau combat qu’est l’interconnaissance des deux milieux, rural et citadin, grâce à des petits gestes quotidiens expliquant ce que sont réellement la campagne et ses activités, ou alors carrément l’investissement personnel dans une association. Dans n’importe quel cas, il faudra cesser de boire les images et les paroles apportées sans cesse par les médias.

Pour conclure, maintenant que les populations rurales et citadines en sont au même point de développement, le prochain stade de celui-ci ne serait-il pas qu’elles s’en rendent compte et qu’elles cessent de se dénigrer mutuellement ?

 

BIBLIOGRAPHIE